Manifestations anticorruption en Russie : une quinzaine de journalistes arbitrairement interpellés

RSF - Reporters sans frontières - 31/03/2017 12:15:00


Reporters sans frontières (RSF) condamne l'interpellation abusive d'une quinzaine de journalistes venus couvrir les manifestations anticorruption du 26 mars 2017 en Russie. L'organisation appelle les autorités à abandonner toute poursuite contre eux et à sanctionner les policiers responsables.

La mobilisation était sans précédent depuis 2012, la répression également : d'après les comptes préliminaires, entre 32 000 et 93 000 personnes auraient défilé contre la corruption à travers tout le pays le 26 mars, et près de 1800 personnes auraient été interpellées. Parmi elles, RSF recense pas moins de 14 journalistes venus couvrir les rassemblements.

Alexandre Pliouchtchev (Echos de Moscou), Piotr Verzilov (Mediazona), Piotr Parkhomenko (Kommersant-FM), Timofeï Dziadko (RBC), Sofiko Arifdjanova (Otkrytaïa Rossia) et le journaliste américain Alec Luhn (The Guardian) ont été interpellés à Moscou et retenus plusieurs heures au commissariat. Les trois derniers ont été mis en examen pour "participation à un rassemblement non-autorisé". Les accusations contre Alec Luhn semblent finalement avoir été levées après intervention du ministère des Affaires étrangères.

Sergueï Satanovski (Novaïa Gazeta), Nadejda Zaïtseva (Vedomosti), Roman Pimenov (Interpress) et le journaliste indépendant Artiom Aleksandrov ont été interpellés à Saint-Pétersbourg. Sergueï Rasoulov (Kommersant), Faïna Katchabekova (Kavkazskaïa politika) et Vladimir Servinovski (Eto Kavkaz) ont été appréhendés à Makhatchkala, capitale du Daghestan, dans le Caucase russe. Alexandre Nikichine (Otkrytyï kanal) a été interpellé à Saratov (sud-ouest) et condamné le lendemain à quatre jours de détention administrative pour "refus d'obtempérer aux injonctions de la police".

Alexeï Alexeev, correspondant du site d'information Tchernika à Petrozavodsk (nord-ouest) a reçu des coups d'un policier alors qu'il filmait l'arrestation d'un manifestant. L'officier, dépourvu de matricule, l'a frappé au visage et aux jambes, a cassé ses lunettes et l'a insulté.

"Il est inacceptable que de si nombreux journalistes aient été interpellés bien qu'ils se soient clairement identifiés, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'est et Asie centrale de RSF. Encore plus inquiétant est le fait que certains d'entre eux puissent être poursuivis et qu'un autre reporter ait été passé à tabac. Ces actions policières violent la loi russe tout comme les traités internationaux qui engagent Moscou. Nous demandons aux autorités de respecter la liberté de la presse, de sanctionner les responsables et de s'assurer que les policiers soient correctement formés aux droits des journalistes."

J'ai montré ma carte de presse [à un policier anti-émeutes], il m'a dit : "Et alors ?"
Sergueï Satanovski


Si quelques journalistes ont été relâchés après avoir présenté leur carte de presse ou leur accréditation, dans la plupart des cas, cela n'a rien changé à l'attitude de la police. "J'ai montré ma carte de presse [à un policier anti-émeutes], mais cela ne l'a pas convaincu. Il m'a dit : Et alors ?", raconte à RSF Sergueï Satanovski. "J'ai montré aux policiers ma carte de correspondant de Kavkazskoï politiki et je leur ai demandé de me rendre mon téléphone. Mais de nouveau, personne n'a réagi", témoigne Faïna Katchabekova.

Des manifestations se sont tenues dans plus de 80 villes russes à l'appel de l'opposant Alexeï Navalny, pour protester contre la corruption des élites politiques. Malgré leur rare ampleur, ces rassemblements ont été largement ignorés par de grands médias nationaux, et étrangement absents des grands agrégateurs de contenus en ligne.

La Russie occupe la 148e place sur 180 au Classement mondial 2016 de la liberté de la presse.