Perquisition au domicile d'une célèbre journaliste d'opposition russe : RSF dénonce une volonté d'intimidation

RSF - Reporters sans frontières - 07/03/2017 14:30:00


Reporters sans frontières (RSF) dénonce la perquisition menée au domicile de la célèbre journaliste Zoïa Svetova, à Moscou.

Une dizaine d'enquêteurs ont perquisitionné toute la journée le domicile moscovite de la célèbre journaliste et défenseure des droits de l'Homme Zoïa Svetova, le 28 février 2017. Arrivés sur les lieux vers 11 heures, les agents du Comité d'enquête, en charge d'élucider les crimes les plus graves, ont examiné en détail les livres et le matériel informatique de la journaliste, dont ils ont copié une partie du contenu. Ils ont saisi le téléphone de son mari, une tablette et plusieurs cartes mémoire.

Rassemblés devant l'appartement, les journalistes ont été empêchés de couvrir la perquisition. Seul présent dans l'appartement, le correspondant de la chaîne indépendante Dojd, Vassili Polonski, a commencé à filmer avec son téléphone, mais les policiers le lui ont rapidement arraché des mains.

Officiellement, la perquisition est liée à une enquête ouverte en 2003 sur des allégations de détournements de fonds publics par Mikhaïl Khodorkovski. L'ancien oligarque, aujourd'hui opposant en exil, finance plusieurs structures de la société civile, dont le site d'information Otkrytaïa Rossia, avec lequel collabore Zoïa Svetova.

"En quoi cette perquisition était-elle indispensable pour élucider une affaire vieille de près de quinze ans ? s'interroge Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'est et Asie centrale de RSF. Difficile de ne pas voir derrière ce prétexte absurde une manoeuvre punitive et une volonté d'intimidation. L'intrusion au domicile de Zoïa Svetova et l'examen de son matériel informatique violent le principe de la protection des sources, garanti par la loi russe et la Cour européenne des droits de l'homme. Elle constitue une entrave aux activités professionnelles de la journaliste. Nous appelons les autorités à lui rendre immédiatement son matériel et à la laisser faire son travail."

Journaliste et défenseure des droits de l'Homme reconnue, Zoïa Svetova est l'auteure de nombreuses enquêtes sur la condition des prisonniers et l'instrumentalisation de la justice en Russie. Elle collabore aujourd'hui principalement avec l'hebdomadaire d'opposition The New Times et le site Otkrytaïa Rossia. Son travail lui a valu deux distinctions au prix de journalisme Sakharov, remis par la Fondation pour la défense de la Glasnost, organisation partenaire de RSF. Longtemps membre de la commission officielle d'inspection des prisons, elle en a été évincée en 2016 en même temps que la plupart des autres figures indépendantes.

"Zoïa Svetova [...] considère que tout cela est insensé et fou, a déclaré l'avocate de la journaliste, Anna Stavitskaïa, à la radio BFM. On revient à la case départ : les mêmes perquisitions ont été menées dans le passé chez ses parents [de célèbres dissidents soviétiques], et aujourd'hui c'est son tour."

La Russie occupe la 148e place sur 180 au Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, publié par RSF. Lois liberticides, asphyxie ou reprise en main de titres de référence, contrôle d'Internet... La pression sur les médias indépendants et le journalisme d'investigation ne cesse de s'intensifier depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin, en 2012.