Une nouvelle jeunesse pour les oeuvres des musées de Marseille
Ville de Marseille
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30/07/2010 18:30:00
Unique en France, le Centre Interrégional de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CIRCP) redonne aux oeuvres issues des musées de Marseille une seconde jeunesse.
"Restaurer des oeuvres, c'est participer à la conservation du patrimoine culturel", confie Roland May, directeur du Centre Interrégional de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CICRP) et conservateur en chef. En effet, avec le temps, les nombreuses oeuvres d'art conservées dans les réserves des musées subissent des altérations, visibles, qui dénaturent le travail de l'artiste. Certaines toiles sont littéralement "grignotées" par de petits insectes tandis que d'autres moisissent à cause de l'humidité. Pour éviter la perte du patrimoine culturel local, la Ville de Marseille fait régulièrement restaurer des oeuvres par le biais du CICRP.
Ce groupement d'intérêt public assure des missions de service public portant à la fois sur la connaissance, la préservation et la restauration de biens culturels. "Nous mettons gratuitement des équipements à disposition du restaurateur, précise le directeur. Une fois la décision de restauration prise en accord avec le propriétaire, nous choisissons nous-mêmes le restaurateur qui viendra ensuite travailler dans nos locaux."
"Tout est entièrement gratuit pour le propriétaire: assurance de l'oeuvre, recherche du restaurateur, dossier d'imagerie et même le suivi, ajoute Roland May. C'est le propriétaire de l'oeuvre qui paye directement le travail du restaurateur".
Le CICRP traite l'ensemble des problématiques liées à la conservation et la restauration du patrimoine grâce notamment à des équipements scientifiques de haut niveau et de nombreux experts.Vingt-huit personnes travaillent quotidiennement au centre dont 2 photographes, 1 radiologiste, 3 ingénieurs, 3 chimistes et 2 géologues. Le CICRP accueille même un entomologiste, spécialiste des insectes, qui étudie spécialement les phénomènes d'altération dus à ces petites bestioles et tente de trouver des solutions.
Le CIRCP peut intervenir sur différents domaines patrimoniaux, comme les musées de France, les monuments historiques, les archives, les bibliothèques, les centres d'art ou encore les fonds régionaux d'art contemporain, mais il n'accueille d'oeuvres en restauration que dans le domaine de la peinture sur tout, des arts graphiques et des supports bois. Le CICRP a déjà permis la restauration de nombreuses oeuvres issues des collections des musées de Marseille comme L'Apothéose de Saint-Roch de Michel Serre (huile sur toile), conservée à l'église de Mazargues, un ensemble de quatre huiles sur toile dont Saint-Bruno priant de Daniele Seiter issue du musée des beaux-arts ou encore Iphigénie en Aulide de Nicolas Monsiau (huile sur toile) également au musée des beaux-arts. L'atelier d'arts graphiques a accueilli en restauration des documents de la BMVR comme les Albums Voyage dans le département du Var 1831 et France 1876 de Pascal Coste, le Vaisseau tirant le canon de Pierre Puget du musée des beaux-arts de Marseille ou encore récemment un papyrus conservé au musée d'archéologie méditerranéenne. Il donne régulièrement des conseils concernant des bâtiments patrimoniaux et a même été sollicité pour étudier l'altération des pierres de la façade de l'opéra de Marseille.
Le parcours de l'oeuvre
"Quand une oeuvre arrive ici, nous lui créons un dossier complet d'imagerie, explique Roland May. Ce dossier, qui sera transmis au propriétaire, la suivra, ensuite, tout au long de son parcours."
En effet, dès son arrivée au centre, l'oeuvre est soumise à une véritable radioscopie : photo couleur, noir et blanc, infrarouge et ultraviolet, étude détaillée des paramètres d'altération, analyse de la toile... Elle passe entre les mains d'experts qui lui créent ainsi une sorte de "carte d'identité", qui permettra de la suivre. Une fois le dossier créé et le restaurateur choisi, le temps de restauration peut varier de quelques semaines à plusieurs mois, voire parfois à plusieurs années.
La restauration d'une oeuvre demande le respect de certains principes déontologiques. "Le travail de restauration doit être visible de près afin que ce qui est original se distingue de ce qui ne l'est pas, commente le directeur. On parle de lisibilité."
En effet, les restaurateurs doivent respecter certains principes dont la lisibilité, la réversibilité (tout ce qui est utilisé pour la restauration doit pouvoir être retiré facilement) et la compatibilité ( le produit doit pouvoir être utilisé sans incidence sur le reste).
Les ateliers de restauration du CICRP se déploient sur près de 2 000 m2 et sont particulièrement adaptés aux interventions sur les grands et les très grands formats. Le centre dispose même de la plus grande table basse pression de France, un appareil qui facilite grandement le travail de restauration des oeuvres maxi format. "Nous avons déjà accueilli en restauration une toile de 4 mètres sur 10!", précise le conservateur en chef. Implanté dans les anciens bâtiments des manufactures des tabacs de Marseille, le centre dispose de plusieurs ateliers dont un atelier de traitement de la couche picturale* et un atelier de restauration d'oeuvres d'arts graphiques.
D'un atelier à un centre de recherche
La Ville de Marseille est l'un des deux partenaires principaux du CICRP avec l'Etat. Il a été créé en 1992 sur une idée de la directrice du musée des beaux-arts de l'époque, qui décide de créer un atelier de restauration pour les musées de Marseille. Voyant cette initiative intéressante prendre forme à Marseille, l'Etat décide de créer en France plusieurs centres de ce type. Mais, le projet n'aboutira jamais et le CICRP reste aujourd'hui le seul organisme du genre spécialisé dans la restauration d'oeuvres d'art et la recherche.
* ensemble des couches de peinture superposées qui se situent entre la préparation et le vernis protecteur.
De la rénovation à l'exposition 2011
Actuellement, le CICRP accueille en restauration une toile représentant la Chartreuse de Marseille, appelée aujourd'hui l'église Sainte-Marie Madeleine des Chartreux (4e arrondissement). "Nous avons été contactés par l'ordre des Chartreux, situé en Isère, qui souhaitait restaurer une toile de la Chartreuse de Marseille, explique Roland May. Je me suis alors dit qu'il était dommage que les Marseillais ne puissent pas voir cette oeuvre".
Après restauration, le tableau fera l'objet d'une exposition réunissant diverses toiles accueillies au centre pour des problèmes d'altération. Pour l'essentiel, il s'agit de les remettre en état en enlevant le contreplaqué et en comblant les lacunes.
"Comme nous n'avons pas vocation à accueillir des expositions, nous nous sommes rapprochés des archives municipales", ajoute le directeur.
Ainsi courant 2011, les Marseillais et les touristes pourront admirer des toiles représentant notamment la Chartreuse de Marseille au XVIIe siècle entourée de jardins monumentaux ainsi qu'une huile de Saint-Bruno et une peinture de Michel Serre représentant Marie- Madeleine. La Chartreuse de Marseille est considérée comme l'une des plus belles réalisations religieuses du XVIIe siècle à Marseille avec la chapelle de la Vieille Charité.