On le savait déjà, mais l'étude menée par l'Ordre des Médecins est édifiante : nous allons inexorablement vers une pénurie, dans certains secteurs, de médecins généralistes. Si les régions attractives, comme la côte méditerranéenne, ou l'Île de France, restent relativement bien pourvues, ce n'est pas le cas ailleurs, et singulièrement en Picardie. Les raisons de cette diminution sont multiples, et il serait hasardeux d'en privilégier une seule. Pourtant, il semble incontestable que les jeunes ne considèrent plus désormais la profession de médecin généraliste comme attractive. C'est vrai, leurs aspirations à atteindre rapidement un niveau de vie élevé, à connaître des conditions de travail peu contraignantes, sont maintenant plus difficiles à obtenir. Aujourd'hui, le médecin généraliste est assailli de charges, harcelé par ses clients, corvéable à tout propos, et ne connaît plus ce qui faisait auparavant l'attractivité de la profession : la reconnaissance et le respect de son entourage. Peu de jeunes médecins veulent maintenant s'endetter pour créer leur cabinet, sans être parfaitement sûrs qu'ils feront fortune. On peut les juger bien difficiles, eux qui ont la chance d'exercer un métier valorisant, et qui reste dans un niveau de rémunération pour le moins correct. Mais il faut reconnaître qu'ils ont perdu une grande partie de leurs avantages. Et que, maintenant, en butte aux contrôles incessants des pouvoirs publics, surveillés dans chacun de leurs faits et gestes, assaillis de responsabilités, ils n'ont plus le sentiment d'être reconnus. D'autant plus que, de plus en plus, ils se sentent visés comme les boucs émissaires du déficit de l'assurance maladie. Comme s'ils en étaient les seuls responsables.Francis Lachat
Le Courrier Picard