Conseil de sécurité: le Secrétaire général réclame le respect de la trêve humanitaire de 30 jours prévue par la résolution 2401 du 3 mars 2018

ONU - Organisation des Nations Unies - 14/03/2018 09:00:00

Le Secrétaire général, M. António Guterres, a déclaré, ce matin, devant le Conseil de sécurité que la résolution 2401 (2018), qui demande sans délai une cessation des hostilités d'au moins 30 jours consécutifs en Syrie pour acheminer de l'aide humanitaire, en particulier dans l'enclave assiégée de la Ghouta orientale, n'était toujours pas appliquée, 15 jours après son adoption. Il a néanmoins jugé qu'il était toujours possible de la mettre en oeuvre et confié son espoir « de voir la Syrie renaître de ses cendres ». Lors du débat qui a suivi l'exposé du Secrétaire général, les pays occidentaux et la Fédération de Russie se sont rejetés la responsabilité de la non-application de la résolution.

« Nous ne devrions suivre qu'un seul ordre du jour: mettre fin aux souffrances du peuple syrien et trouver une solution politique au conflit », a déclaré le Secrétaire général à l'entame de son propos, en se disant profondément déçu par tous ceux qui laissent le bain de sang continuer en Syrie « en agissant ou en n'agissant pas, par dessein ou par indifférence ».

Depuis l'adoption de la résolution 2041, M. Guterres a dit avoir constaté une intensification des frappes et des combats dans la Ghouta orientale, véritable « enfer sur terre ». Contrairement à ce que demande la résolution, il n'y a pas d'accès humanitaire sûr et sans entrave et aucun siège n'a été levé, a poursuivi M. Guterres. « À notre connaissance, aucun malade ni blessé n'a pu être évacué. » À l'instar de nombreuses délégations, le Secrétaire général a également jugé que la proposition russe d'une pause humanitaire de cinq heures par jour n'était pas suffisante.

L'ONU, qui n'a qu'un accès limité sur le terrain, a envoyé, le 5 mars, un convoi interagences de 46 camions à Douma avec de la nourriture pour 27 500 personnes, soit un tiers des personnes dans le besoin, a-t-il déclaré. Le Secrétaire général a par ailleurs déploré que les autorités syriennes aient saisi des articles médicaux de ce convoi, en violation de la résolution. « Le 9 mars, un convoi de 13 camions a pu finir son déchargement mais nous sommes loin de l'accès humanitaire sans entrave demandé par la résolution », a prévenu le Secrétaire général.

M. Guterres a néanmoins jugé qu'il était « possible d'avoir une cessation des hostilités, possible d'acheminer l'aide humanitaire, possible d'évacuer les malades et les blessés et possible d'expulser les combattants terroristes des zones de conflit sans mener des attaques indiscriminées contre les civils ». « Nous ne pouvons pas laisser tomber les bras », a plaidé le Secrétaire général.

Même son de cloche du côté du représentant du Koweït, pays porte-plume de la résolution avec la Suède, qui a exprimé son « profond regret » devant la « claire absence de mise en oeuvre » de la résolution et exigé du Gouvernement syrien qu'il autorise « deux convois humanitaires par semaine » vers la Ghouta orientale. « Il n'est pas acceptable d'invoquer la lutte contre le terrorisme pour empêcher la mise en oeuvre de la résolution », a prévenu le représentant, en affirmant que ne se trouvent dans la Ghouta orientale « pas plus de 350 membres » des groupes terroristes affiliés à el-Nosra. À l'instar du Secrétaire général, le délégué a noté l'accord donné par certains groupes armés d'opposition de la Ghouta orientale pour mettre en oeuvre la résolution 2401 (2018) et expulser les combattants affiliés à el-Nosra.

Les pays occidentaux ont imputé à la Fédération de Russie la non-application de la résolution, la déléguée des États-Unis estimant que ce pays a violé l'engagement qu'il avait pris « devant le monde entier » en votant en faveur de ce texte. La représentante a dit comprendre que les Syriens et les Russes n'avaient jamais eu l'intention de mettre en oeuvre le cessez-le-feu: « ils ont tout planifié comme en atteste le fait que, ces deux dernières semaines, ils n'ont cessé de traiter tout groupe d'opposition de groupe terroriste ». « Pourquoi? Pour pouvoir exploiter la résolution qui autorise les opérations militaires contre Daech and Al-Qaida », a-t-elle dit. « Il y aura des comptes à rendre pour tous les crimes commis en Syrie », a déclaré son homologue du Royaume-Uni, avant d'ajouter qu'à cette occasion « le rôle de la Russie ne sera pas oublié ».

« Mon pays est très attaché à la pleine mise en oeuvre de la résolution 2401 (2018) », a rétorqué le représentant russe, en citant les « actions concrètes » prises par son pays, alors que d'autres préfèrent l'accuser et rester assis confortablement. Il a rappelé que la résolution ne demande pas un cessez le feu « immédiat », « une utopie ». Pour qu'elle soit durable, s'est-il expliqué, toute pause humanitaire doit être précédée d'un accord entre les parties. « C'est la seule voie réaliste. »

« Pourquoi sommes-nous les seuls à vouloir chasser le front el-Nosra de la Ghouta orientale »? a demandé le représentant russe, en parlant d'un groupe terroriste « politiquement protégé » afin de maintenir un foyer de tensions près de Damas. Le délégué a en outre demandé l'envoi d'une mission d'évaluation à Raqqa, ville bombardée par la coalition.

Une demande relayée par le représentant syrien, qui a par ailleurs assuré que « des pauses humanitaires » étaient observées dans la Ghouta orientale et que deux couloirs humanitaires sûrs y avaient été ouverts. Mais les groupes terroristes, « encouragés par leurs commanditaires, certains étant membres du Conseil de sécurité » ont poursuivi leurs attaques, faisant de nombreuses victimes et empêchant les populations civiles de quitter la Ghouta orientale, « afin de continuer à les utiliser comme boucliers humains ».

Le délégué syrien a dénoncé les accusations formulées contre son pays par la représentante des États-Unis, ainsi que ses menaces de mesures unilatérales. La déléguée américaine a annoncé que son pays rédigeait un nouveau projet de cessez-le-feu « simple, direct et contraignant » qui ne laisse aucune place « aux manigances » et qui ne « contient aucun vide antiterroriste qu'Assad, l'Iran et les Russes pourraient exploiter ».
12 mars 2018