Entretien avec DR. Barbara Honrath, directrice du Goethe Institut

Goethe-Institut - 05/11/2017 19:25:00

L'institut a aujourd'hui plus d'un demi-siècle d'activité. Quelle est son origine et comment fonctionne-t-il ?

Créé en 1951 par un groupe de professeur d'allemand à Munich, c'était au début une petite initiative de cours d'allemand pour étrangers. Cette volonté vient du contexte d'après-guerre, lorsqu'il fallut recréer un intérêt pour la culture allemande et l'Allemagne en général.

Rapidement, l'institut s'est développé vers d'autres activités. Quelques années plus tard, d'autres instituts à l'étranger ont été créés. Aujourd'hui, le Goethe institut est présent dans 98 pays avec un total de 159 instituts dans le monde entier. Si la plupart des instituts se trouvent à l'étranger, il y aussi douze instituts en Allemagne qui se concentrent entièrement sur l'enseignement de l'allemand. Aujourd'hui, l'Institut a trois objectifs principaux : l'enseignement de l'allemand comme seconde langue, la coopération culturelle internationale, et enfin la mise à disposition du public d'informations sur la vie culturelle, sociale et politique d'Allemagne. De fait, les instituts à l'étranger ont normalement trois départements : un service linguistique, un département culturel, et une bibliothèque ou un centre d'informations. L'institut est une organisation indépendante, non politique. Bien qu'environ 2/3 de notre financement provienne du ministère allemand des affaires étrangères : c'est une subvention publique. Le reste provient des cotisations des cartes de membre et des cours que nous dispensons. Du reste, pour certains projets franco-allemand intéressant pour les deux pays, nous recevons des subventions modérées du ministère de la culture et de la communication Français.

Arte, par exemple, est un partenaire important pour nous, et c'est avec grand plaisir que nous travaillons avec eux. Nous collaborons parfois sur la projection de films en organisant des avants premières à l'institut. De fait notre collaboration se cantonne à la communication et non à la production.

Manifestement, le Goethe institut est présent sur plusieurs créneaux, pouvez-vous nous expliquer ce que vous faites ?

Nous sommes très actifs dans toute la sphère culturelle : films, théâtre, littérature, danse, musique... Un certain nombre de ces manifestations sont présentées ici même, nous avons au sein de l'institut une salle de cinéma de 200 place extrêmement bien équipé. Pour le reste, nous soutenons activement les événements, bien qu'ils aient parfois lieu ailleurs, par exemple dans des salles de théâtres professionnelles. Mais notre rôle de partenaire nous convient tout à fait et il nous permet par exemple d'organiser des manifestations autour d'un spectacle. Nous agissons de même lorsqu'un grand musé organise une exposition sur un artiste allemand, comme l'année dernière le musée d'art moderne de Paris l'a fait pour la peintre Paula Muderzenbek. Ainsi nous avons co-organisé avec le musé trois manifestations autour de l'exposition : projection de films, table ronde, conférences.

Nous sommes, par exemple, en ce moment aussi en contact avec le Jeu de Paume qui organise une grande exposition consacrée à un célèbre photographe allemand, ce qui nous permet d'organiser une journée d'étude à partir d'octobre en collaboration avec eux.

De manière générale, nous essayons d'inviter « ceux qui font » : les acteurs, les photographes, les metteurs en scènes, les auteurs... Pour établir des contacts entre les allemands et les français pour voir s'il n'y a pas de coopération possible afin d'intensifier le dialogue très direct et très personnel entre les vies culturelles allemande et française.

Nous sommes aussi impliqués dans un prix de littérature qui s'appelle « prix Nerval-Goethe ». C'est un prix de traduction décerné tous les deux ans à un traducteur français qui traduis une oeuvre littéraire de l'allemand au français. Ce prix est soutenu par plusieurs autres organisations. Voici d'ailleurs un exemple de manifestation pour laquelle nous recevons un soutien financier de la part du ministère de la culture français. La dénomination de ce concours provient du fait que Nerval a traduit Goethe.

Un lien franco-allemand vivant : un objectif nécessaire ?

La France et l'Allemagne doivent collaborer dans le cadre européen, bien qu'il le fasse aujourd'hui de façon très variés. Au niveau de la culture, je pense que les deux pays ont un intérêt réciproque pour l'autre. Il existe déjà beaucoup de projet commun, justement parce que les traditions culturelles sont différentes. C'est d'un réel intérêt pour les artistes de pouvoir apprendre, s'enrichir ou s'inspirer de l'autre. Il y a aujourd'hui beaucoup d'organisations qui s'occupe de cet échange culturel, l'OFAJ (Office Franco-Allemand pour la Jeunesse) par exemple. Il existe un réseau de douze associations culturelles franco-allemande en France dans lequel nous sommes. Il existe en effet sept autres bureau de l'Institut en France. Le seul autre pays dans lequel il existe plusieurs bureaux de l'Institut est l'Italie.

Le choix de promouvoir les artistes contemporains n'est pas anodin. Puisqu'ils sont la culture vivante, c'est pour nous le moyen idéal de vivifier et renforcer le lien entre nos deux pays. Nous pouvons aussi établir des contacts personnels avec les artistes des deux pays. De manière plus globale, l'intensification de nos échanges participe à la construction européenne. Le projet européen est pour nous tout à fait positif, et nous permet d'y contribuer.

Sentez-vous un accueil positif de la part des français ?

Les Français ont un intérêt pour certains artistes allemands, comme par exemple le metteur en scène Thomas Ostermeier, invité plusieurs fois au festival d'Avignon, il a aussi travaillé plusieurs fois avec des compagnies françaises. C'est un personnage très présent en France, et ce sur plusieurs niveaux. Il a par exemple contribué à un article pour Le Monde concernant justement les relations franco-allemande. D'autre part, la musique allemande joue encore un rôle très important en France. Cela dit, ce qui intéresse aujourd'hui le plus les personnes, et particulièrement les étudiants, c'est la philosophie allemande. Mon étonnement est grand lorsque je m'aperçois du nombre d'auditeur pour les soirées à thèmes philosophique, comme pour le dialogue public entre le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa et le philosophe français Bernard Stiegler. Et par rapport à toutes les manifestations que j'ai pu organiser, je trouve le public français très ouvert, très intéressé par la culture allemande.

La ville de Berlin joue aussi un rôle dans cet échange, car beaucoup de français s'y rendent et y vivent.