La migration précoce suite au changement climatique
Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)
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23/02/2012 13:45:40
L’augmentation des températures en France au cours du XXème siècle est de l’ordre de 1°C. Ces 50 dernières années, on peut l’attribuer essentiellement aux gaz à effet de serre d’origine humaine.
Après un début d’hiver doux, la France a connu son premier épisode neigeux notable à la fin du mois de janvier 2012. Il ne faut pas confondre climat et météo. La météo, c’est le temps qu’il fait tout de suite devant ma porte tandis que le climat concerne des valeurs moyennes sur des années et des zones géographiques importantes.
De nombreux signes témoignent du réchauffement climatique comme le retrait des glaciers, le relèvement du niveau de la mer et le recul de la banquise. Par leur mobilité, les oiseaux migrateurs comptent parmi les meilleurs indicateurs du réchauffement.
Ils réagissent de différentes façons face au changement climatique. Ils s’adaptent ou subissent les conséquences. Ils peuvent hiverner moins loin, migrer plus vite où quitter les sites d’hivernage plus tôt. Ceux qui hivernent moins loin peuvent arriver plus tôt sur les sites de nidification et occuper les meilleurs territoires. Certaines espèces se sédentarisent. Les printemps doux sont marqués par des vents de sud dominants, qui permettent de voyager plus vite.
Au début des années 1980 on observait les premières Oies cendrées début février. Maintenant elles apparaissent à la mi-janvier. A la même époque, on signale les premiers Canards pilets de retour d’Afrique de l’Ouest. Une bactérie, responsable des pigments ocre sur leur plumage, se développe sous l’effet de la chaleur dans les eaux salines au Sénégal. La couleur « rouille » est caractéristique des oiseaux qui remontent de cette zone. Les Fous-de-Bassan regagnent la colonie des Sept-Îles à partir de fin janvier. Ce retour des sites d’hivernage en Ecosse, en Maurétanie voire même au large de la Turquie, est de plus en plus tôt.
Dans le chassé-croisé de la migration, ce n’est plus toujours évident de séparer les migrations postnuptiale (après la période de reproduction) et prénuptiale. Au détroit de Gibraltar, la migration prénuptiale de la Cigogne blanche commence déjà en novembre. Certaines cigognes volent de l’Afrique vers l’Espagne en automne et nichent à partir du mois de janvier en Andalousie.
Elles volent dans le sens opposé des Vautours fauves, l’un des migrateurs les plus tardifs en migration postnuptiale. La Cigogne blanche, qui hivernait autrefois principalement en Afrique, hiverne maintenant régulièrement en France où l’on dénombre plus de 600 hivernants.
Le réchauffement climatique peut causer des décalages entre le pic d’abondance de nourriture pour les jeunes au nid et l’arrivée sur les sites de nidification des migrateurs au long cours.
Les Gobemouches noirs des Pays-Bas n’arrivent pas à avancer leur date d’arrivée et leur reproduction est trop tardive pour bénéficier des chenilles. C’est pourquoi la population des Gobemouches noirs hollandais a décliné de 90% depuis les années 1980.
Les périodes de migration varient selon les espèces, les endroits et les années. Plusieurs espèces peuvent même nicher en hiver, comme le Vautour fauve, le Hibou Grand-duc ou le Bec-croisé des sapins.