News Press + AFP
lundi 21 mai 2012
NewsPress et vous
Communiqué

Paludisme : comment est-il arrivé aux Amériques ?

Institut de Recherche pour le Développement (IRD) - 26/01/2012 15:50:00

Le parasite du paludisme le plus virulent, Plasmodium falciparum , est aujourd'hui présent sur tous les continents dans la zone intertropicale. Chaque année, il tue plus de 650 000 personnes, en grande majorité en Afrique, mais aussi en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Asie et en Océanie. De récentes études l'ont découvert chez les singes africains, montrant que ces derniers sont à l'origine de la maladie. Mais la manière dont il a conquis la planète entière, notamment le Nouveau monde, pose toujours question. Est-il venu d'Asie, via le détroit de Béring, avec le peuplement humain il y a environ 15 000 ans ? Ou bien est-il arrivé plus récemment, directement d'Afrique ?

Le pathogène a traversé les mers

Une vaste étude internationale, publiée récemment dans PNAS par des chercheurs de l'UMR Migevec( 1) et leurs partenaires( 2), vient de montrer que P. falciparum a traversé l'océan à bord des bateaux négriers qui ont sillonné l'Atlantique du 16e au 19e siècle, soit il y a 200 à 500 ans. L'équipe de recherche vient en effet de démontrer l'origine africaine des parasites que l'on retrouve aujourd'hui en Amérique.

Grâce à une collaboration scientifique mondiale, les biologistes ont réunis plusieurs centaines d'échantillons de sang humain infecté, en provenance de 17 pays couvrant toute l'aire de répartition du parasite : d'Afrique, d'Amérique latine, du Moyen-Orient, d'Océanie et d'Asie.

C'est l'un des plus importants jeux de données génétiques sur P. falciparum jamais collectés. L'analyse du matériel génétique extrait de ces échantillons a permis aux chercheurs de tirer plusieurs enseignements. Tout d'abord, les pathogènes américains sont éloignés génétiquement de leurs cousins d'Asie, excluant une origine asiatique. Ils sont en revanche proches des parasites africains.

Les deux routes des esclaves

Autre leçon de cette étude, P. falciparum a colonisé l'Amérique selon deux voies d'introduction indépendantes. En effet, les biologistes ont identifié deux groupes génétiquement distincts en Amérique latine : l'un au Nord et l'autre plus au Sud. Chacune de ces deux entités est plus proche génétiquement du berceau africain qu'elles ne le sont entre elles. Séparées par la barrière géographique que constituent les Andes, elles ont évolué indépendamment l'une de l'autre au cours de l'histoire.

Ces deux groupes génétiques sont issus des différentes routes du commerce des esclaves. Lors de la colonisation européenne, le Nouveau monde a été partagé entre les forces coloniales : l'Empire espagnol et l'Empire portugais. Tous deux ont importé leurs esclaves d'Afrique de l'Ouest. Mais le premier les a conduit vers les Caraïbes, l'Amérique centrale ou vers ce qui correspond à l'actuelle Colombie, tandis que le second les acheminait plus au Sud, vers l'actuel Brésil. Environ 40% des Africains déportés outre-Atlantique ont mis pied à terre au Brésil, soit près de 5 millions en trois cents ans, essentiellement dans les deux principaux ports négriers de Rio de Janeiro et Bahia.

En Amérique, les campagnes restent touchées

Les populations latino-américaines ont développé des remèdes contre le paludisme à base de plantes.

Si 80% des cas de paludisme surviennent en Afrique, le continent latino-américain n'est pas épargné. La maladie est également endémique dans la zone intertropicale, essentiellement dans le bassin amazonien - qui représente plus de 90% des infections -, en Amérique centrale et au sud du Mexique. Si le risque est aujourd'hui faible dans les grandes villes, il demeure bien réel dans les zones rurales en Bolivie, en Colombie, en Équateur, au Pérou et au Venezuela, et majeur dans toute la zone amazonienne. Chaque année, 2,7 millions de personnes sont affectées en Amérique latine, dont près de la moitié au Brésil. Néanmoins, la part de ces infections dues à P. falciparum atteint au maximum 50% dans la zone guyanaise. Une autre espèce, Plasmodium vivax , non mortelle mais à risque de récurrences, est responsable de 75% des cas latino-américains.

Ces travaux montrent que la contamination du Nouveau monde par le paludisme a été récente et fulgurante. Une conclusion qui témoigne de la grande capacité invasive de P. falciparum , grâce en particulier à la faculté de reproduction explosive des moustiques vecteurs, les anophèles, dont les programmes de lutte doivent tenir compte.

(1) UMR Maladies infectieuses et vecteurs : écologie, génétique, évolution et contrôle - MIVEGEC (IRD / CNRS / Université Montpellier 1)

(2) Ces travaux ont été réalisés en partenariat avec le CNRS, les universités de Toulouse, Montpellier I et II, le Laboratoire national de Santé publique de la République du Congo, le Texas Biomedical Research Institute et l'université de Californie aux Etats-Unis, l'Imperial College à Londres au Royaume-Uni, la Société nationale de métallurgie en Angola, l'Institut de recherche biomédicale des armées et l'UMR Urmite à Marseille, l'Institut de médecine tropicale en Belgique, la Universidad Peruana Cayetano Heredia à Lima au Pérou, l'université de la Méditerranée, le Cirmf au Gabon, la Universidad de Antioquía en Colombie, le Mahosot Hospital à Vientiane au Laos, les Instituts Pasteur du Cambodge, de Guyane et d'Iran, la Universidad Central du Venezuela, et l'Hôpital général de Cayenne en Guyane.