UE : La crise n'affecte pas tous les nouveaux États membres de la même manière
Parlement Européen
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04/03/2010 11:22:17
Au départ, les nouveaux États membres de l'UE devaient être plus affectés par la crise que les anciens. En fait, des différences importantes existent au sein de chaque groupe, ont constaté les experts au cours d'un atelier organisé ce lundi, sur l'impact de la crise dans les nouveaux États membres, par la commission spéciale du Parlement sur la crise financière, économique et sociale (CRIS).
Les banques étrangères ont joué un rôle important dans la crise. Elles ont contribué à la croissance, mais elles ont aussi rendu les économies plus vulnérables. La politique de cohésion européenne, en tant qu'élément majeur de la stratégie de sortie de crise, a aidé les États concernés à atténuer les retombées de la crise. Mais le moment est venu de se pencher sur les défis à long terme.
Nouveaux et anciens États membres
"L'impact de la crise a été plus important pour les nouveaux États membres que pour les anciens" a indiqué Filip KEEREMANS, chef de l'unité de suivi des développements financiers nationaux et des fonds externes de la Commission européenne. Zsolt DARVAS, chercheur associé du think tank Bruegel, s'est dit en partie d'accord sur le fait les pays d'Europe centrale et orientale ont été "les plus touchés au monde", mais il a également rappelé que "des différences substantielles" existent entre eux.
S'associant à ces déclarations, Katerina SMÍDKOVÁ, directeur exécutif du département de recherche économique et de stabilité financière de la Banque nationale de la République tchèque, a indiqué que "l'impact sur la croissance et sur la population, dans les anciens et dans les nouveaux pays, a été relativement similaire". Dès lors, il est inutile de faire la distinction entre "anciens" et "nouveaux", a-t-elle déclaré, car en outre, cela "pourrait freiner la reprise dans les nouveaux États membres, étant donné que les marchés réagissent aux mauvaises nouvelles concernant un pays en changeant leurs décisions d'investissement dans l'ensemble des nouveaux États membres". Il est important d'investiguer plus profondément dans les faits afin d'identifier les raisons pour lesquelles les pays ont réagi différemment à la crise, a-t-elle affirmé.
La prédominance des banques étrangères
Les banques étrangères ont joué un rôle décisif dans le dépassement de la crise, a indiqué M. Keeremans, tandis que M. Darvas a estimé que leur prédominance avait contribué à doper l'économie avant la crise, mais que par ailleurs, les politiques et le comportement agressif de ces banques avaient été en partie responsables de l'apparition des "vulnérabilités d'avant-crise", comme la bulle immobilière. Katerina Smídková a estimé que "peu importe" l'actionnariat étranger occidental des banques, "ce sont les politiques macroéconomiques raisonnables et crédibles, la bonne gestion des informations des banques sur les risques systémiques, et une solide supervision qui comptent".
Danuta Maria HUBNER (PPE, PL) a interrogé les experts sur les besoins actuels en termes de restructuration et de recapitalisation des banques. Dans certains pays, a expliqué Filip Keeremans, les banques ont reçu une aide considérable des gouvernements. Ces banques doivent aujourd'hui restructurer et adapter leur activité étant donné que "les aides d'État ne peuvent être utilisées pour accroître ou augmenter la part de marché". "Toutefois, dès qu'elles auront remboursé les aides, elles pourront à nouveau se développer" a-t-il ajouté.
En réponse à Enikö GYORI (PPE, HU), qui souhaitait en savoir davantage sur les nouvelles réglementations financières en préparation et les études d'impact destinées à modéliser l'évolution dans ces pays, Filip Keeremans a assuré que la Commission était consciente de cette "question délicate". À cet égard, il a souligné que la priorité absolue pour les banques était d'augmenter leurs fonds propres. S'associant à ces propos, Katerina Smídková a ajouté qu'elle n'hésiterait pas à renforcer les exigences en matière de fonds propres et que les banques devraient s'accommoder de la situation. Mais une fois de plus, la condition préalable résidait dans l'application de politiques saines. "Dans ces pays, nous n'avons pas accordé suffisamment d'attention à la supervision nationale, dont le rôle est de minimiser les risques" a-t-elle ajouté.
L'avenir de l'eurozone
Répondant aux questions de Pervenche BERÈS (S&D, FR), rapporteure de la CRIS, Olle SCHMIDT (ADLE, SE), Enikö GYORI et Roberts ZILE (ECR, LV) concernant la situation en Grèce, en Espagne, en Irlande et au Portugal, et ses impacts sur l'élargissement de la zone euro, Zsolt Darvas a expliqué que "les dirigeants politiques penseront désormais qu'ils ont suffisamment de problèmes à régler chez eux, avant d'inviter de nouveaux membres". Eu égard aux pays baltes, en particulier, "la meilleure option pour ces pays est de rejoindre au plus vite la zone euro, mais le problème est leur compétitivité" a-t-il déclaré.
Par ailleurs, Mme Smídková ne percevait pas le passage à l'euro comme l'unique solution pour ces pays. Elle a cependant admis que les membres de l'eurozone étaient en meilleure position pour affronter la crise "étant donné qu'ils sont plus crédibles et disposent d'un meilleur accès aux ressources de la BCE".
Le rôle de la politique de cohésion
Fabian ZULEEG, analyste politique sénior de l'European Policy Centre, a rappelé que, dans le passé, il y avait eu des doutes quant à l'efficacité de la politique de cohésion, mais que les instruments de cette politique avaient jusqu'ici contribué à contrecarrer l'effet de la crise. Des améliorations ont été apportées au système, toutefois il reste "trop lent et trop bureaucratique". Il est essentiel de le rendre plus flexible.
"La politique de cohésion devrait être maintenue, renforcée et adaptée aux nouveaux défis" a souligné Péter HEIL du bureau du premier ministre hongrois. "Nous ne devons pas révolutionner le système, mais utiliser les moyens dont nous disposons".
"Nous nous attendions à davantage de convergence" a déclaré Pervenche BERÈS, qui a demandé si les instruments de cohésion étaient suffisants, et dans l'affirmative, s'ils pouvaient faire mieux. "La politique de cohésion en général est efficace dans la mesure où nous voulons bien la financer" a indiqué Péter Heil. Si nous savons comment créer des emplois durables ou protéger l'environnement, a-t-il expliqué, la politique de cohésion "sera là pour financer la mise en oeuvre sur le terrain". Toutefois, "les finances publiques ne suffiront jamais à atteindre les objectifs fixés". En tout cas, la cohésion est "de loin la meilleure solution que l'on puisse imaginer" a déclaré Péter Heil.
La stratégie UE 2020
Eu égard à la nouvelle stratégie de l'après-Lisbonne en préparation, Péter Heil a fait observer qu'au départ, celle-ci avait pratiquement omis de mentionner la politique de cohésion. En outre, elle avait été "mise en pièces" dans le document de révision budgétaire.
"Pouvons-nous adopter une stratégie qui fait l'impasse sur l'aspect territorial?" a demandé Danuta Maria HUBNER. "Ce serait une grave erreur" a répondu Péter Heil. "Nous n'avons pas besoin d'une super politique imposée par Bruxelles", mais d'une politique mieux ciblée ou taillée sur mesure.
Pour Fabian Zuleeg, le principal défi dans ce domaine ne consiste "pas seulement à décider des objectifs, mais aussi des instruments à adopter". L'UE doit dépasser la crise actuelle, viser une croissance durable à long terme et "résister à la tentation d'utiliser les instruments de cohésion pour régler les questions à court terme", a insisté Fabian Zuleeg.
Les prochaines étapes
Le projet de rapport de Pervenche Berès, rapporteure de la commission spéciale, devrait être présenté le 20 mai, avec un délai de dépôt d'amendements fixé au 1er juin, à 12 h 00. L'adoption du rapport par la CRIS est fixée au 13 juillet. Le rapport final sera ensuite voté par le Parlement européen à la session plénière de Septembre II, à Strasbourg.